La Chaise Française face au COVID-19

 La Chaise Française face au COVID-19

Les entrepreneurs du Fabriqué en France sont confrontés à une situation unique avec la crise du COVID-19. Ralentir sans s’arrêter, se préparer pour redémarrer, mais tout ceci sans visibilité. Nous sommes allés à la rencontre de certains d’entre eux, tout en restant chez nous bien-sûr.

Témoignage: Bartomolé Lenoir – La Chaise Française

« Un kif pour la fabrication » au sens noble du terme, de la qualité et du savoir-faire des artisans français, c’est ce qui a poussé Bartolomé à se lancer il y a trois ans dans cette belle épopée qu’est La Chaise Française.

Au début du projet, avec son associé Jean-Baptiste, ils ont sillonné la France pendant six mois pour découvrir les ateliers encore capables de fabriquer leurs créations. Ils ont pu mesurer la fragilité, toutes les difficultés de cette filière et aussi le formidable défi à relever.

Depuis 2017, la Chaise Française a pris sa place dans l’univers du Made in France, en prenant son envol en France mais aussi à l’Etranger. Signe de débuts prometteurs, avant la crise, ils venaient juste de signer un accord de distribution au Japon…

Récit d’une aventure entrepreneuriale en mode « Pause ».

Nous, on n’est donc ni en position de fabriquer ni de distribuer.

Quel a été l’impact du confinement sur vos activités de fabrication et de distribution?

Bartolomé : l’impact et majeur car cela a tout arrêté. Dans notre organisation, pour chaque pièce de mobilier, on a toujours au moins deux fabricants, le premier atelier avec lequel on a commencé à travailler et une structure plus grosse, qui peut gérer des productions plus importantes. Tous nos fabricants ont cessé leur activité ou l’ont mise en pause pendant le temps de confinement.

Même si on avait un encours à produire, nous n’avons pas poussé pour constituer un stock. On a soutenu leur décision car on ne voulait pas que des risques soient pris. Ils connaissent mieux leurs installations et organisations. Avec le temps, peut-être pourront ils reprendre un peu d’activité.

Ensuite, nous avions du stock. On aurait pu continuer à livrer, mais ce n’est pas la livraison qui est stoppée, c’est notre conditionneur.

Tous nos meubles sont conditionnés dans un ESAT (Etablissement et service d’aide par le travail), avec des travailleurs en situation de handicap. Au début du confinement, il a continué à fonctionner quelques jours mais s’est rapidement arrêté pour limiter les risques. On a également soutenu cette décision. Nous, on n’est donc ni en position de fabriquer ni de distribuer.

Avec l’accumulation de mauvaises nouvelles, notre stratégie était vraiment d’arrêter pour réfléchir et voir ce qui se passe. Ensuite, de toute façon, on aurait été bloqué. On a un site e-commerce mais on a un modèle finalement assez traditionnel. La chaise Française n’est pas une pure DNBV. L’entreprise s’est construite autour de revendeurs et eux étaient déjà fermés avant le confinement. On avait déjà cette donnée-là dès le début de la crise.

Comment avez-vous réagi commercialement à la situation ?

Bartolomé : On a tout de suite lancé une campagne avec nos revendeurs physiques pour qui c’est très dur. Le premier truc a été de créer une newsletter pour eux, d’être à leur écoute et de travailler sur des projets avec et pour eux.

Ensuite, il y a les agents commerciaux, souvent des indépendants, pour qui c’est compliqué. Ils ont besoin d’être sur la route pour pouvoir travailler et leur activité ne peut pas être faite de la maison. Pour eux, c’était plus de chiffre d’affaires et de salaire d’un coup. Notre réaction a été de leur régler très vite et parfois en avance ce que l’on leur devait.

Comment avez-vous adapté votre activité en interne?

Bartolomé : Notre structure est légère. C’est moi et Jean-Baptiste, les cofondateurs, on a Hector qui est associé depuis un an et s’occupe du commercial, deux autres collaborateurs et les stagiaires, en gros 6 salaires.

On est basé dans un incubateur à Paris, où il y a énormément de monde qui se balade. Alors en avance du confinement, une semaine avant l’annonce du Président, j’ai décidé de mettre tout le monde en télétravail et observer ce qui se passe. En fait, c’était la bonne décision et quand on est passé en confinement, on était déjà opérationnel.

On est toujours à fond et tout le monde continue, sauf les stages qui s’arrêtaient de toute façon.

Comment avec vous intégré le télétravail dans votre fonctionnement ?

Bartolomé : Le premier truc, c’était d’essayer de ne pas casser le rythme. On s’est tous trouvé en télétravail loin de Paris et c’est facile de se dire que l’on est en vacances. On voulait maintenir un rythme.

Tous les matins, on s’appelle tous ensemble. Ensuite, on est branché sur Slack (messagerie d’équipe). J’insiste pour que l’on soit disponible sur Slack à tout moment. En fonction des dossiers, on s’appelle les uns les autres et on a un call de « fin de journée » à 17h.

Cette routine permet aussi de créer une auto-pression, même si on peut avoir la « flemme » parfois, car on sait que l’on doit être présents aux rendez-vous.

La sortie de crise, vous la voyez comment ?

Bartolomé : On se dit que ça sera peut-être dans deux mois. On préfère anticiper le pire pour trouver des solutions et que ça puisse résister avec une reprise en mai.

J’ai toujours eu une gestion de l’entreprise assez Made in France et de « bon père de famille ». J’ai voulu avoir une tréso assez importante, ne serait-ce que pour avoir les moyens d’avancer sur des projets. A horizon deux/trois mois, ça va. Mais si ça devait durer plus longtemps, ça deviendrait chaud.

Dès le début, j’ai revu nos coûts fixes et réduit là où c’était possible. Ça nous permet de gagner plusieurs mois. On va surement utiliser la possibilité de décaler le remboursement d’emprunts.

Au pire, si ça devait durer, les premiers qui arrêteraient de se payer, ça serait nous, les fondateurs.

J’espère également que nous, entrepreneurs du Made in France, nous serons plus soutenus.

Quels sont les projets remis en cause (court/moyen terme)?

Bartolomé : Nous, ça tombe à un moment où on est en pleine réflexion sur le modèle de l’entreprise et paradoxalement, on avait même pensé se prendre une semaine à la campagne sur le sujet. Je ne peux pas t’en dire plus, mais maintenant, ça va être plus compliqué de trouver des investisseurs. Ça va quand même retarder le développement macro de l’entreprise.

Quels seront, selon toi, les principaux les enseignements tirés de cette crise ?

Bartolomé : Ça milite pour plus de production française. A la Chaise Française, c’est déjà le cœur de notre activité, mais tous les grands groupes qui s’approvisionnaient jusqu’à présent majoritairement en Chine, ils verront surement maintenant l’avantage de se sourcer plus localement.

A court terme, il y aura un peu de casse dans le secteur mais il y aura un regain à moyen terme, j’espère en tout cas. Si tout redémarrait comme avant, je trouverais ça incroyable. J’espère vraiment que l’on va se remettre à fabriquer en France.

J’espère également que nous, entrepreneurs du Made in France ; nous serons plus soutenus. Quand on est sur le Made in France, dès que l’on n’est pas dans le secteur Tech, on n’est pas très soutenu financièrement. Je me suis vu refuser des financements très souvent parce que la Fabrication en France, « c’était old school, ça n’avait pas d’intérêt » et j’espère que ça, ça va changer. Tout l’écosystème de support aux startups était trop tourné vers le secteur Tech. J’ai repris contact récemment avec la BPI (Banque Public d’Investissement) et je sens une évolution dans l’approche. J’espère qu’il y aura plus de soutien pour les entrepreneurs du Made in France. Ça pourrait être intéressant. Le confinement nous remontre à quel point les produits du quotidien sont aussi importants.

Quel message pour les consom’acteurs du Made in France?

Bartolomé : Il faut maintenir le fil de la commande. Notre business e-commerce ne s’est pas complétement arrêté mais a fortement diminué.

C’est d’ailleurs assez émouvant. Souvent, les quelques clients commandant en ligne nous envoient des messages de soutien. Ce sont souvent des personnes super sensibles au Made in France et qui font cela avec beaucoup de gentillesse.

Un client qui va acheter aujourd’hui ne sera pas livré avant la fin de la crise, mais acheter dans ces conditions si particulières, c’est important. C’est important de privilégier les produits fabriqués en France pour apporter un peu de « tréso » aux entreprises et leur permettre de passer le cap

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L’inaction n’étant pas à l’ordre du jour à La Chaise Française, ils ont mis sur pied en quelques semaines cette belle initiative de lampe solidaire pour soutenir les fabricants et aider l’association « Les Blouses Roses » qui vient distraire les enfants hospitalisés et des personnes âgées en Ehpad. Habillées par Thomas Delalande, elles sont disponibles en pré-commandes et tous les bénéfices de l’opération seront reversés à l’association. Bravo pour cette superbe initiative que La Fabuleuse French Fabrique a le privilège de soutenir.

Merci Bartolomé et bon courage à toute l’équipe de La Chaise française. On attend, comme vous, la fin de cette « galère » avec impatience!

Pour continuer à réfléchir sur le sujet, retrouvez le témoignage de Quentin (Tranquille Emile) sur le même sujet et  ici notre interview d’entrepreneurs du Fabriqué en France sur les pistes de progrès pour continuer à développer l’activité .

Fabuleuse French Fabrique

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