Duralex à nouveau devant le tribunal, le “Made in Europe” qui entre dans le concret, une industrie française toujours difficile à lire, un atelier textile qui mise sur les robots pour produire moins cher en France… Septembre aura confirmé une chose : la question du “produire ici” est revenue au centre du débat économique. Voici ce que nous retenons du mois.
Duralex : trois offres, mais toujours pas de sortie de crise
Impossible de parler du Made in France en septembre sans commencer par Duralex.
Placée en redressement judiciaire depuis le 1er juin, la verrerie de La Chapelle-Saint-Mesmin a reçu trois offres de reprise. Lors de l’audience du 17 septembre, deux d’entre elles ont été considérées comme de véritables projets industriels. Une nouvelle audience est prévue le 12 octobre, et les salariés restent particulièrement attentifs au nombre d’emplois qui seraient effectivement repris. (Le Monde.fr)
Duralex concentre presque toutes les difficultés du produire en France : un outil industriel énergivore, des besoins d’investissements lourds, une concurrence internationale forte, mais aussi une marque extrêmement connue et un attachement réel des consommateurs.
C’est précisément ce qui rend le dossier intéressant. Une marque française forte ne suffit pas à garantir la pérennité d’un outil industriel français. Encore faut-il trouver le modèle économique capable de financer durablement la production.
Lire l’article du Monde sur les offres de reprise de Duralex
“Made in Europe” : la préférence européenne entre dans le dur
Le 22 septembre, Bercy a réuni industriels et responsables européens autour d’un intitulé sans ambiguïté : « Made in Europe : l’heure du choix ».
L’objectif affiché est de renforcer la capacité à produire en Europe, dans un contexte de concurrence internationale plus agressive et de dépendances industrielles devenues stratégiques. Le futur Industrial Accelerator Act doit notamment introduire des critères de contenu local et de production européenne dans certains dispositifs d’aide ou de commande publique. (Presse – Ministère des Finances)
Plus de 600 industriels ont parallèlement signé une lettre ouverte appelant à un dispositif offensif et à une véritable préférence européenne. (La Tribune)
Pour le Made in France, la question est particulièrement intéressante. Que signifie exactement “Made in Europe” ? Un produit assemblé en Europe ? Fabriqué avec une majorité de composants européens ? Un produit dont la valeur ajoutée est principalement créée sur le continent ?
Derrière cette définition se joue évidemment une partie de la politique industrielle européenne. Mais aussi une question beaucoup plus concrète pour le consommateur : savoir réellement d’où vient ce qu’il achète.
Voir l’annonce officielle de Bercy
Industrie française : les indicateurs continuent de raconter plusieurs histoires
Septembre n’a pas vraiment tranché le débat sur la réindustrialisation française.
Le PMI manufacturier est remonté à 51,1 en août, au-dessus du seuil de 50 qui signale théoriquement une expansion de l’activité. Mais les nouvelles commandes continuaient de reculer et S&P Global soulignait une demande encore faible. (Reuters)
Dans le même temps, les dernières données de l’Insee ont montré une baisse de 0,8 % de la production manufacturière en juillet, après -1,0 % en juin. Et la Banque de France observe bien un renforcement de l’activité industrielle en août, mais plus faible qu’attendu dans plusieurs secteurs. (Banque de France)
À cela s’ajoute le paradoxe déjà mis en évidence par Trendeo : la France perd davantage d’usines qu’elle n’en ouvre, tout en continuant à créer des emplois industriels nets.
Nous avons consacré un article complet à cette question : « Réindustrialisation : pourquoi la France recrée des emplois tout en perdant des usines ».
L’enseignement est simple : aucun indicateur pris isolément ne suffit. Production, emplois, ouvertures d’usines, investissements et commerce extérieur racontent chacun une partie de la même histoire.
Cocorico : produire en France, mais avec les outils d’aujourd’hui
La marque textile Cocorico a ouvert cet été son premier atelier de confection à Frayssinet-le-Gélat, dans le Lot.
Près de 500 000 euros ont été investis dans un atelier largement automatisé, capable de produire déjà entre 1 200 et 1 500 tee-shirts par jour avec une douzaine de salariés. (Le Monde.fr)
Le pari est intéressant : pour Cocorico, le Made in France ne pourra pas devenir accessible à une clientèle large si les fabricants français ne modernisent pas profondément leurs méthodes de production.
Le sujet dépasse donc largement le textile. Pendant longtemps, le débat autour du Made in France a surtout porté sur la volonté de produire localement. La question de la productivité devient désormais centrale : automatisation, investissements, organisation industrielle, montée en gamme technologique.
Produire en France ne consiste pas seulement à protéger l’existant. Il faut aussi réinventer la manière de produire.
Lire le reportage du Monde sur Cocorico
Fibre Excellence : combien vaut une usine stratégique ?
À Saint-Gaudens, le tribunal de commerce de Toulouse a accordé trois mois supplémentaires au site Fibre Excellence, repoussant au 15 décembre l’éventuelle liquidation. Les repreneurs disposent désormais de quelques semaines supplémentaires pour finaliser leur projet. (Le Monde.fr)
Le plan envisagé nécessite près de 90 millions d’euros et associe notamment la Région Occitanie, Soprema et plusieurs investisseurs.
Le dossier pose une question devenue récurrente dans la politique industrielle française : jusqu’où faut-il aller pour préserver une capacité de production stratégique ?
L’enjeu ne se limite pas aux salariés directement employés par l’usine. Il concerne également toute une filière forestière, logistique et industrielle, ainsi que la dépendance française à des importations supplémentaires en cas de disparition du site. Ce genre de dossier rappelle qu’une usine n’est jamais seulement un bâtiment et quelques machines. C’est aussi un écosystème.
Lire le décryptage du Monde sur Fibre Excellence
Présidentielle 2027 : l’industrie fait consensus, les moyens beaucoup moins
Autre évolution notable de septembre : la réindustrialisation s’installe comme un thème majeur de la campagne présidentielle à venir.
Les principaux prétendants à l’Élysée se sont déjà largement exprimés sur le sujet. Le diagnostic est souvent proche : la France doit produire davantage, réduire certaines dépendances et renforcer sa souveraineté industrielle. Mais les lignes de fracture apparaissent très vite sur les moyens. (ladepeche.fr)
Certains privilégient la baisse des impôts de production, la simplification et la compétitivité. D’autres mettent davantage l’accent sur la planification, l’intervention publique ou la reconstruction de filières. Une autre ligne de débat concerne le niveau pertinent de protection : préférence nationale ou préférence européenne. Enfin, certains projets associent beaucoup plus directement réindustrialisation et transition écologique. (ladepeche.fr)
Le collectif animé par Olivier Lluansi a d’ailleurs publié ce mois-ci un manifeste pour une « renaissance industrielle », avec l’idée que l’industrie pourrait constituer l’un des rares sujets économiques capables de créer un consensus large, même si les solutions proposées restent très différentes. (Le Monde.fr)
Pour Fabuleuse French Fabrique, ce débat sera évidemment à suivre. Non pas pour soutenir un camp, mais pour comprendre ce que chaque orientation changerait concrètement pour la capacité à produire en France.
En bref : trois autres signaux du mois
À Cahors, un drone désormais réellement produit en France. Tekever a fait voler en septembre le premier AR3 fabriqué sur son nouveau site du Lot. La production a déjà commencé et le site doit encore monter en cadence dans les prochains mois. (Aerobuzz)
Le déficit commercial repart à la hausse. En juillet, il s’est dégradé de 0,9 milliard d’euros, pour atteindre 6,7 milliards, principalement sous l’effet d’une hausse des importations de matériels de transport. (Douane)
À Béthune, le pneu reconditionné cherche son modèle industriel. Leonard, l’ex-Black Star, a relancé son activité avec l’ambition de démontrer qu’économie circulaire, production française et compétitivité peuvent fonctionner ensemble.
Et maintenant ?
Duralex connaîtra une étape importante le 12 octobre. Les discussions européennes autour du « Made in Europe » devraient également commencer à préciser les critères qui définiront demain ce qu’est réellement un produit européen.
Nous suivrons aussi les prochains chiffres industriels, l’évolution du commerce extérieur et, de plus en plus, les propositions concrètes qui émergeront dans la campagne présidentielle.
Avec toujours la même question en toile de fond : que produisons-nous réellement ici — et comment permettre aux consommateurs de le savoir ?
