Chaîne d’assemblage automobile robotisée, avec des carrosseries en cours de fabrication.

Ce qu’il fallait retenir du Made in France en octobre 2026

Octobre aura été un mois assez révélateur des contradictions de notre industrie. La France et l’Allemagne ont enfin trouvé un terrain d’entente pour mieux protéger la production automobile européenne. Renault annonce de nouveaux investissements, Duralex trouve un repreneur et les commandes militaires accélèrent. Mais pendant ce temps, plusieurs usines françaises connaissent toujours de sérieuses difficultés, y compris dans des secteurs considérés comme stratégiques. Voici ce que nous retenons du Made in France en octobre 2026.

Made in Europe : un accord franco-allemand qui pourrait changer la donne

Nous avions évoqué le sujet en septembre : face à la concurrence chinoise et américaine, la France défend depuis plusieurs mois l’idée d’une véritable préférence industrielle européenne.

Les discussions ont franchi une étape importante les 15 et 16 octobre. Après des mois de désaccord, Paris et Berlin se sont entendus sur une proposition commune pour l’avenir de l’industrie automobile européenne. Un rapprochement qui aurait encore semblé improbable il y a quelques années. L’idée est de réserver davantage les aides publiques aux véhicules réellement produits en Europe, avec une part significative de composants européens. Le compromis prévoit notamment qu’un véhicule soit assemblé sur le continent et que 70 % de la valeur de ses composants, hors batterie, soit d’origine européenne pour bénéficier de certains dispositifs de soutien.

En contrepartie, la France a accepté un assouplissement de la réglementation sur les émissions de CO₂ : l’objectif de réduction à l’horizon 2035 passerait de 100 % à 90 % pour les voitures neuves, si la proposition était adoptée. Cet accord franco-allemand marque une évolution assez profonde dans la façon dont l’Europe envisage sa politique industrielle. (Le Monde.fr)

Tout n’est pas réglé, loin de là. Il s’agit pour l’instant d’une position commune entre deux États, qui doit encore convaincre les autres membres de l’Union européenne. Et tous les constructeurs n’ont pas les mêmes intérêts : Renault et Stellantis pourraient être affectés très différemment par les critères finalement retenus. (Le Monde.fr)

Reste que le principe est intéressant. Pendant longtemps, les politiques européennes ont surtout cherché à encourager la consommation de produits moins polluants. Elles commencent désormais à se préoccuper davantage de l’endroit où ces produits sont fabriqués. Pour l’industrie française, c’est loin d’être anodin.

Automobile : un Mondial entre nouveaux investissements et usines à l’arrêt

Le Mondial de l’automobile de Paris, organisé du 12 au 18 octobre, était particulièrement attendu cette année. Entre transition électrique, concurrence chinoise et interrogations sur l’avenir des sites européens, le secteur ne manque pas de défis. (Mondial de l’automobile)

Quelques annonces méritent d’être relevées.

Début octobre, Renault a annoncé envisager plus de 10 milliards d’euros d’investissements en France sur cinq ans, notamment pour développer les véhicules électriques et des modèles plus accessibles. Le constructeur souligne toutefois que la réalisation de ce programme dépendra de la stabilité de l’environnement économique et politique. (Reuters)

Autre annonce remarquée pendant le salon : BYD étudie sérieusement la possibilité de construire une usine en France. Le constructeur chinois cherche de nouvelles capacités de production en Europe, et notre pays figure parmi les implantations envisagées. L’électricité française, relativement compétitive et peu carbonée, constitue notamment un argument avancé par le groupe. (Reuters)

Une usine chinoise installée en France serait-elle une bonne nouvelle pour notre industrie ou un futur cheval de Troie? Elle pourrait évidemment créer des emplois et de l’activité. Mais tout dépendrait aussi de la place accordée aux fournisseurs français, aux composants locaux et à la valeur ajoutée réellement produite sur place.

D’autres nouvelles sont moins encourageantes.

L’équipementier français OPmobility prévoit de supprimer environ 310 postes en France, dans le cadre d’une restructuration de ses activités européennes. (L’Argus)
Chez Stellantis, quatre usines françaises connaissent des interruptions de production, notamment à Sochaux, Rennes, Mulhouse et Poissy. Les raisons diffèrent selon les sites : faiblesse de la demande, ajustement des stocks ou difficultés d’approvisionnement. (Le Monde.fr) À Sochaux, le cas est particulièrement intéressant. Les commandes de certains véhicules électriques sont bien présentes, mais ACC, le fabricant français de batteries installé dans le Pas-de-Calais, peine encore à livrer les volumes nécessaires.

Il y a quelques années, nous nous inquiétons de ne pas disposer d’usines de batteries en France. Elles existent désormais, mais leur montée en cadence reste difficile. La transformation de l’industrie automobile est bien engagée. Pour les usines françaises, elle reste aussi une période de grande incertitude.

Duralex : une nouvelle chance pour une marque emblématique

Bonne nouvelle pour Duralex, dont nous évoquions encore la situation préoccupante dans notre sélection de septembre. Le 14 octobre, le tribunal de commerce d’Orléans a retenu l’offre de reprise portée par Cédric Meston, à travers sa holding Tomé. L’entrepreneur s’est déjà illustré dans la relance de Tupperware France. (Le Monde.fr)

Le projet prévoit un financement de 16 millions d’euros, dont 6 millions de soutiens publics, et la reprise de 155 salariés sur les 220 encore employés par la verrerie de La Chapelle-Saint-Mesmin, dans le Loiret. Cette issue est évidemment difficile pour les salariés qui ne seront pas repris. Elle offre néanmoins une perspective de continuité à une entreprise qui a connu cinq procédures de redressement judiciaire en vingt ans. Le repreneur veut notamment moderniser les installations et engager la transition énergétique de la production, avec un projet de four électrique à l’horizon 2029.

Duralex fait partie de ces marques que presque tous les Français connaissent. Qui n’a pas utilisé un de ses verres à la cantine ou chez ses grands-parents ? Cette notoriété exceptionnelle a sans doute joué dans la mobilisation autour de l’entreprise. Mais elle ne suffira pas à assurer sa réussite.

Avec des équipements énergivores, une concurrence internationale forte et des investissements importants à financer, le nouveau propriétaire devra surtout trouver les moyens de rendre la production durablement rentable. Souhaitons que cette nouvelle reprise permette enfin à Duralex de sortir du cycle des difficultés qui fragilise l’entreprise depuis tant d’années.

Industrie de défense : les commandes commencent réellement à changer d’échelle

Depuis 2022 et le début de la guerre en Ukraine, les pouvoirs publics multiplient les appels à accélérer les productions militaires françaises. Les chiffres commencent à montrer une évolution significative.

La Direction générale de l’armement a passé pour 17,5 milliards d’euros de commandes sur les neuf premiers mois de 2026, contre 12,8 milliards sur la même période en 2025. Une progression de près de 37 %. (La Tribune) Les investissements industriels suivent également chez certains grands groupes.

Safran ambitionne notamment de doubler son chiffre d’affaires dans la défense d’ici 2030. Le groupe a récemment investi 120 millions d’euros dans son site de Montluçon, spécialisé dans les équipements de haute technologie, pour augmenter ses capacités de production. (La Tribune)

Il faut reconnaître cette accélération. L’effort industriel français dans la défense ne se limite plus aux déclarations d’intention. Mais la situation reste très variable selon les entreprises.

Les grands groupes disposent généralement de moyens financiers, de capacités d’investissement et d’un accès aux marchés dont ne bénéficient pas toujours leurs sous-traitants. Or ces derniers détiennent parfois des compétences rares, indispensables à toute la chaîne de production.

Le véritable défi sera donc de faire en sorte que les commandes supplémentaires irriguent durablement l’ensemble de la filière, y compris les entreprises les plus petites ou les plus fragiles. Nous avons consacré notre article de fond d’octobre à l’une d’entre elles : les Forges de Tarbes. Leur actualité récente, malheureusement, illustre bien la difficulté de cet exercice.

Commerce extérieur : le déficit recule, mais les exportations aussi

Les derniers chiffres des Douanes françaises, publiés le 7 octobre, montrent une amélioration du solde commercial de notre pays en août. (Douane)

Le déficit diminue de 500 millions d’euros, pour s’établir à 6,1 milliards d’euros. Une amélioration à relativiser sérieusement.

Sur le mois, les importations ont baissé de 900 millions d’euros, tandis que les exportations ont également reculé de 400 millions. Le déficit se réduit donc principalement parce que nous achetons moins à l’étranger, et non parce que nous y vendons davantage. Sur douze mois glissants, notre déficit commercial atteint encore 62,7 milliards d’euros.

Un autre indicateur est cependant plus encourageant : le nombre d’entreprises françaises exportatrices a augmenté de 2 800 sur un an, pour atteindre 126 900 au deuxième trimestre 2026. Et l’Insee apporte une note un peu plus positive. Le climat des affaires dans l’industrie a nettement progressé en octobre, passant de 101 à 105, soit un niveau supérieur à sa moyenne de longue période. (Insee)

Les industriels semblent donc retrouver un peu de confiance, notamment concernant leurs carnets de commandes. Reste à transformer cette amélioration des perspectives en davantage de production et d’exportations. C’est finalement le résultat que l’on attend d’une réindustrialisation réussie.

Forges de Tarbes : notre article déjà rattrapé par l’actualité

Nous avons publié début octobre un article sur les Forges de Tarbes et les limites de l’économie de guerre française.

Nous y décrivions les difficultés rencontrées par cette petite usine, pourtant essentielle à la fabrication des corps d’obus de 155 mm utilisés notamment pour les canons Caesar. Malheureusement, la situation s’est encore dégradée depuis.

Le 26 octobre, les Forges de Tarbes ont été placées en redressement judiciaire, à la demande de leur propriétaire Europlasma. (Le Parisien)

Plusieurs repreneurs potentiels seraient déjà intéressés. Espérons qu’une solution industrielle puisse être trouvée rapidement pour préserver les emplois et surtout cette capacité de production particulièrement stratégique.

Relire notre article : Forges de Tarbes, les limites de l’économie de guerre

En bref : trois autres signaux du mois

Matières premières : l’État renforce son engagement chez Eramet. Le 12 octobre, le groupe minier français a annoncé que l’État allait augmenter sa participation à son capital pour en devenir le premier actionnaire, dans le cadre d’une augmentation de capital de 500 millions d’euros. Un signal de l’importance accordée à la sécurisation de nos approvisionnements en métaux stratégiques. Dans le même esprit, la Commission européenne a retenu 46 nouveaux projets stratégiques dans le domaine des matières premières critiques. (Le Monde.fr ; Commission européenne)

Fibre Excellence : une capacité industrielle française toujours plus menacée. À Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, l’absence d’offre ferme de reprise à l’échéance du 22 octobre rapproche l’usine de pâte à papier d’une liquidation judiciaire. Ses 244 salariés restent dans l’incertitude, malgré l’intérêt exprimé par un investisseur portugais. Après la fermeture du site de Tarascon, c’est toute une filière qui s’inquiète de perdre un outil de production difficilement remplaçable. (Le Monde.fr)

Aéronautique : le futur A320 se prépare dès aujourd’hui. Alors qu’Airbus travaille déjà à la prochaine génération de monocouloirs, les industriels français s’inquiètent des incertitudes pesant sur le financement de la recherche aéronautique commune. Les arbitrages budgétaires concernant le CORAC pourraient peser sur la capacité des équipementiers et sous-traitants français à participer aux futurs programmes. Une décision importante pour une filière dans laquelle la France dispose encore d’une position industrielle de premier plan. (La Tribune)

Et maintenant ?

Novembre sera un mois particulièrement riche pour le Made in France.

Du 12 au 15 novembre, MIF Expo réunira à Paris près de 1 000 exposants venus présenter leurs produits et leurs savoir-faire. Quelques jours plus tard, les 21 et 22 novembre, la Grande Exposition du Fabriqué en France ouvrira les portes de l’Élysée au public pour mettre à l’honneur 104 produits fabriqués sur notre territoire. (MIF Expo ; Élysée)

Deux belles occasions de découvrir des entreprises et des entrepreneurs qui continuent de faire vivre la fabrication française, souvent dans des conditions économiques loin d’être simples. Mais à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, dans un contexte social très tendu, le Made in France devrait aussi occuper une place grandissante dans les discours politiques. Réindustrialisation, souveraineté, protection de nos entreprises, pouvoir d’achat… les propositions ne devraient pas manquer.

Nous y serons attentifs, avec l’envie de regarder au-delà des annonces : quelles mesures concrètes sont proposées ? Comment seraient-elles financées ? Et quelles conséquences auraient-elles pour les entreprises qui fabriquent en France ? C’est aussi le rôle que nous souhaitons donner à Fabuleuse French Fabrique : faire connaître ceux qui produisent, mais également contribuer à éclairer les choix qui détermineront l’avenir de notre industrie.

Défiler vers le haut